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Turquie : Erdogan Empereur

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Turquie : Erdogan Empereur
« le: 19 avril 2017 à 03:11:01 »

Erdogan obtient les pleins pouvoirs

Le président turc a remporté dimanche un référendum constitutionnel qui lui octroie des pouvoirs supplémentaires.
Il gagne la bataille avec à peine 51 % des voix, dans un pays qui reste fortement divisé.

Un pouvoir absolu. Dimanche soir, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a remporté, avec toutefois à peine 51 % des voix, la bataille du référendum constitutionnel qui lui permet de cumuler à partir de 2019 les fonctions de chef de l'Etat, de chef des armées, de chef du gouvernement et enfin de chef du parti islamo-conservateur AKP et de sa faction parlementaire.

Grâce à ce énième succès électoral (il n'a connu qu'un seul revers, un référendum, depuis son arrivée au pouvoir en 2003), contesté juridiquement, il pourra nommer et limoger les ministres, sans vote de confiance ni censure du Parlement ou encore préparer le budget et nommer la moitié des plus hauts magistrats du pays. « On ne voit plus quelle décision ou nomination dans le pays ne dépendrait plus de lui », résumait peu avant le scrutin Gizeru, une étudiante militante du « non » à Galatasaray. Un pouvoir sans partage, pondéré seulement par le fait que le Parlement serait désormais autorisé à diligenter à la majorité des trois cinquièmes une enquête pour faute contre le président.

Propagande et intimidation

Cette victoire a été obtenue par une combinaison de trois éléments, estiment les analystes stambouliotes : une propagande d'Etat massive, avec 90 % du temps d'antenne dévolue au « oui », l'intimidation des militants du « non » traités de « terroristes » ou de « putschistes » ainsi que la fermeture de 150 médias d'opposition au nom de l'état d'urgence décrété après le putsch raté de juillet dernier. Ce dernier suscite aussi, deuxième élément, une peur dans la population qui, conjuguée à la guerre syrienne toute proche sur fond d'attentats perpétrés par des djihadistes ou des séparatistes kurdes, a poussé la majorité des Turcs à confier leur protection à leur président sans aucune limite ou contre-pouvoirs.

Il n'aura jamais trop de pouvoirs, estimait Kamal, militant du « oui », tandis qu'un autre répliquait obstinément « Erdogan good leader » à toute objection sur cette concentration des pouvoirs.

Troisième élément, l'AKP s'est entièrement rangé derrière Erdogan, tout comme le parti nationaliste MHP, pourtant officiellement attaché au parlementarisme et très critique, auparavant, du président.

Le « non » était défendu par des ONG, telles que l'association des avocats, le parti laïc du CHP et le parti pro-kurde HDP, dont treize députés sont en prison. Tous deux ont annoncé qu'ils contesteraient en justice le résultat très serré, puisque le « oui » a obtenu 1,1 million de suffrages de plus que le « non », sur 46 millions de votes exprimés, avec un taux de participation de 85 %.

Le Haut Conseil électoral a en effet décidé à la dernière minute de considérer comme valides les bulletins ne comportant pas le tampon du bureau de vote où ils ont été utilisés, ce qui est propice au bourrage d'urnes.

Le « non » l'emporte dans les principales villes

La marge très étroite s'avère décevante pour le pouvoir, surtout que le « non » l'a emporté dans les principales villes, Istanbul, Ankara et Izmir, ainsi que les régions du Sud-Est à majorité kurde, bien que ces derniers votent habituellement pour l'AKP. En revanche, le « oui » l'a largement emporté chez les « vrais Anatoliens, qui n'ont pas la faible mentalité européenne », estimait un militant de l'AKP. Dernier point à prendre en considération, la lutte à mort entre Recep Tayyip Erdogan et son ancienne alliée, la secte islamiste Gülen, qui a infiltré l'administration, l'armée, la justice et les médias. « Elle structure la vie politique turque depuis trois ans.

Le danger pousse Erdogan à concentrer les pouvoirs », fait valoir Aluk Tukel, ex-président de l'Institut du Bosphore.

Le recours juridique de l'opposition ayant peu de chances d'aboutir, le président devrait donc se voir doté dans deux ans d'un pouvoir sans précédent, bien supérieur à celui de ce Kemal Atatürk, dont il revendique le patriotisme tout en répudiant la laïcité. Un pouvoir institutionnel sans équivalent de par le monde actuel, même si la vibrante société civile turque empêchera vraisemblablement le pays de basculer dans la dictature véritable.

Une société civile qui aura le temps de tester sa vigilance, les 18 amendements constitutionnels adoptés dimanche autorisant Recep Tayyip Erdogan à rester au pouvoir jusqu'en 2029.





 

En collaboration avec Dzteamunlocker